Nouvelle parution

Yvan Morin, Ficin et la Modernité, S’élancer avec la Terre au Ciel, une si humaine symbolisation, Paris, L’Harmattan, 2024.

  • Date de publication : 11 janvier 2024
  • Broché – format : 15,5 x 24 cm • 252 pages
  • Langue : français
  • ISBN : 978-2-336-41623-6
  • EAN13 : 9782336416236
  • EAN PDF : 9782336416243

Par l’oxymore géokinétisme ficinien, la Terre, mobile par ses parties se serrant autour de son centre, ne se constitue qu’en semblant immobile. L’humain s’élance avec une telle Terre en un Ciel où Dieu fait du Soleil le premier créé et le milieu en l’y dotant d’un semblable centre constitutif. Copernic accentue cette révolution, mais la détache de tout le « Soleil invaincu » qui supplantait Zoroastre par Mithra, que les soldats de Pompée ont ramené de Perse à Rome et dont l’inaugurale christianisation, au seuil du Moyen-Âge, s’est par surcroît radicalisée depuis Ficin. En effet, sa sous-jacente résurgence d’un Zoroastre au ressort de sa prisca theologia en constitue d’autant le prototype que selon un paganisme mieux christianisable (bien avant que, chez Nietzsche, Zarathustra, en sens inverse, proclame la mort de Dieu, tant son germe ficinien s’en est tari, à force de passer inaperçu et de basculer de conscience en inconscience, surtout depuis Freud). La révolution gnoséologique que Kant disait copernicienne est plutôt ficino-copernicienne et proprement renaissante au ressort de la Modernité s’en révélant impulsée.

L’humain, individu (corps et âme) d’emblée social, se symbolise en être un, car il fait un avec une Terre qui ne s’unifie, à la fois terreuse en elle-même et terrestre en un ciel solairement igné, qu’en faisant s’unifier le monde. Sa dilatation universelle s’accélère entre matière et esprit, en l’occurrence de matière en esprit, mais en un esprit qui, de Ficin à Kant, s’instaure d’avant à après le concept, d’abord celui de masse, non selon un concept si pur que ne faisant plus de la matière que sa manifestation et oubliant aussi et surtout totalement que toute conception engage étymologiquement la biologie et ne fait que la poursuivre de physique à mentale. Masse physico-mathématique, cernée telle depuis Newton, certes. Mais aussi masse populationnelle vivante et humaine, telle que s’étant densifiée depuis l’inaugurale révolution citadine étatisante antique, radicalisant déjà la révolution néolithique agricole, mais surtout depuis son essor majeur au XIXe siècle et a fortiori au XXIe siècle, alors que pour la toute première fois, plus de la moitié de l’humanité habite dans des villes. S’en complexifie d’autant, avec la forge identitaire, la sous-jacente incarnation d’où émerge le schéma corporel et, de là, le sens de soi, toujours plus appelé à se mesurer à l’ego, surtout que se collectivisant en se viralisant par les nouveaux médias numériques. C’était déjà le cas, de Ficin à Pic, mais a fortiori Descartes, magnifiant tant l’ego. D’où l’importance de la mise au jour ficinienne de la fantaisie (ou imagination productrice) sous-tendant toute l’émergence de l’âme s’en cultivant mentalement en sa raison en s’y intellectualisant, mais, si ne l’y suscitant, risquant tout au contraire d’y enrayer l’idéation jusqu’en sa logique et d’en virer en idéologie. Cette fantaisie, par-delà Descartes la logeant en la glande pinéale, au point d’union de l’âme au corps, et en faisant un mode de pensée, Kant l’a critiquée comme s’en tenant aux seuls aspects des choses et l’a déterminée selon l’espace, le temps et le nombre, bref selon les catégories physico-mathématiques. De Ficin à Kant, la symbolisation se magnifie sous forme d’une dilatation universelle par tout le cercle entre matière et esprit s’en accélérant et permet à la forge du sens de soi de se préserver au lieu de s’engouffrer et se perdre en ce qui n’est autrement que sa dérive egoïque, non plus tant incessamment egoémergeante et egosituante qu’egocentrique, surtout si se collectivisant viralement à sa fantaisie au ressort d’idéologies s’en confrontant, tant le XXIe siècle risque alors de souffrir de dyschronie, faute de parvenir à s’articuler temporellement et sociohistoriquement. Un moment charnière, exigeant une technique de lecture engageant avec le regard (de physique à mental) jusqu’au schéma corporel sous-jacent à la forge du sens de soi, est la prise de conscience de soi advenant en tiers lors de sa lecture de l’extase mystique ayant cheminé d’Espagne en France et enfin en Nouvelle-France, par Marie de l’Incarnation, afin de la préserver et de se préserver en son sens de soi irréductible à l’ego, si radicalisé par Descartes. L’ego, de Descartes le radicalisant à Marie de l’Incarnation priant Dieu de l’en délivrer comme de ce qui lui nuit le plus en ce monde, et la Modernité, en train de se découpler d’Occident en Orient au XXIe siècle, ne refoulent plus leur genèse qu’en la voyant ainsi resurgir.

La Modernité se dépasse et son anamnèse est dialogique, si elle met au jour et aperçoit ses prémices renaissantes, d’abord ficiniennes, resurgir à sa source. S’instaure une biasymétrie temporelle sociohistoricisante : la Renaissance ne fait pas que s’ajouter à l’Antiquité et au Moyen-Âge (et paraître comme si en deçà d’une Modernité faisant rupture), mais se constitue en les articulant et impulse la Modernité. Tiers moment, non plus tant exclus et en sus qu’inclus. S’y forge le sens de soi et, en s’intellectualisant, s’y conçoit l’histoire de la philosophie. Autrement dit et pour résumer l’état de la situation, le XXIe siècle souffre de dyschronie, ce pourquoi, pour assainir sa temporalité, il est crucial de reprendre le fil de la Renaissance, surtout italo-ficinienne, non seulement en articulant les résurgences antico-médiévales au gré desquelles elle se constitue, mais aussi et surtout en constituant aussi du même coup les prémices de la modernité, mais plus encore de son autodépassement dit postmoderne comme moment à compter duquel avoir commencé à les retracer : ce qui s’est forgé en conscience, mais a basculé en inconscience, peut s’y apercevoir et s’y ressaisir en parvenant enfin à s’y mesurer à ce qui fait s’y canceller culturellement et qui s’intériorise tel psychiquement, au point de s’en collectiviser viralement jusqu’à l’idéologie, non sans que l’humain et a fortiori l’humaniste, voire l’humanitaire, s’y enlisent. Jamais être (au point d’en être soi) et non-être, voire néant, ne se sont si étroitement côtoyés, à la façon de l’humain ne pouvant être culturellement que symbolisant, mais souffrant d’autant de dyschronie qu’il se dissipe en même temps que se trouve aussi toujours plus assoiffé de renaître, voire de Renaissance. N’était-ce pas déjà le nom de Pantagruel, chez Rabelais ? Et d’un doute existentiel (incarné par Panurge, surtout face au sceptique éphectique Trouillogan) bien avant que seulement intellectuel (comme chez Descartes), au gré d’une malignité du monde qui s’est aggravée (Tiers livre) et qui chemine plutôt que seulement se présume en quelque « malus spiritus » se faisant Malin génie, des songes de Descartes à ses méditations plus guère extatiques et tout au contraire plus isolément, exclusivement et abstraitement fort métaphysiques… et sans doute le ferment d’où toute idéologie émerge, avec et depuis la fantaisie au fur et à mesure qu’enrayant toute idéation jusqu’en sa logique au profit d’idées présumées si préformées et innées que toujours plus forcenément portées à s’occulter générées et acquises, hormis le retour de ce qui en est ainsi refoulé et vient hanter ? Si la Renaissance n’advient à la conscience, elle resurgit plus inconsciemment, fort fantomatique. Tentative désespérée d’une inertie mentale de se massifier et densifier en inertie physique, d’idéologisante à réifiante, mais non sans s’en dyschroniser, faute de symboliser et de pouvoir s’en humaniser, au gré d’une dilatation universelle s’accélérant, comme en cosmophysique.

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