Nouvelle parution

Ficin et la Modernité s’est instauré comme anamnèse dialogique d’une modernité qui se dépasse en se retraçant et ressourçant au gré de la résurgence de ses prémices renaissantes. Ficin inaugure une révolution des savoirs : depuis une conduite morale, émerge une différence ontohénologique faisant s’articuler physique et mathématique jusqu’en métaphysique et théologie, à savoir de l’étant unant jusqu’en l’être un si unique, seul à révéler Dieu en son incessant advenir et s’en dénommer tel.

Son sens : s’élancer avec la Terre (selon un oxymore géokinétisme) en un Ciel divinement héliocréé et héliocentré, mais selon une réforme du calendrier alors amorcée et, via Copernic, parachevée au XVIe siècle. L’incessant flux des « naissance/mort » de tout ce qui existe se condense et poursuit en la Nativité de Jésus au solstice d’hiver en regard des Mages zoroastriens venant l’honorer à l’épiphanie afin de mieux aborder le problème de dater ses mort et résurrection à l’équinoxe du printemps. C’est ce qui exige de réviser ce calendrier, de julien à grégorien. La révolution, non pas tant copernicienne que ficino-copernicienne, se révèle temporelle bien plus que seulement spatiale. S’en revisitent jusqu’aux kantiennes formes a priori de la sensibilité. L’âme n’est pas seulement un sens intime kantien, mais le lien intime du corps. Et le tact pancorporel ficinien, « sens universel de l’âme », articule les sens selon divers ratios cernés en raison, jusqu’en un perspectivisme s’intégrant d’emblée le relationnel contraste nycthéméral du clair-obscur par le sfumato et le relief alors révélé de tout ce qui apparaît du réel. L’aperception empirique a posteriori se distingue et s’autonomise de l’aperception transcendantale. Non seulement le transcendantal kantien se destitue de sa transcendance, mais l’immanence se révèle perdurer avec l’expérience comme ce dont partir. D’où l’aperception empirique a posteriori, certes, mais depuis sa forge relationnelle par laquelle être apte à tant s’y sentir que s’y pressentir avant et jusqu’en tout investissement de la fantaisie –imagination productrice– constituant quelque désir et a fortiori jusqu’en toute kantienne anticipation perceptive susceptible de révéler si ce désir peut être comblé, au ressort de toute transcendance en jaillissant. Le tout survient au gré de la différence ontohénologique, d’une telle expérience à sa ressaisie mentale, plus jamais transcendante qu’aperçue en émerger et s’affermir avant de s’affirmer et l’en déterminer.

Son vecteur : une prisca theologia sise sur Zoroastre et source d’une philosophie pieuse et pérenne selon laquelle Dieu préside d’autant à la forge et à la résurgence d’un sens de soi irréductible à l’ego que l’humain s’en éveille tel à lui-même et à ce qu’il peut savoir du monde.

Forgé de maintes couches chronostratigraphiquement superposées, le néoplatonisme se sociohistoricise et christianise. S’y cerne la fantaisie faisant se figurer en toute chimère, dont le centaure, mais aussi le système tycho-brahéen et cartésien. Pour l’animal humain et surtout d’animal en humain s’en sondant en son âme raisonnable, le centaure figure sa sous-jacente indistinction corps-et-âme inhérente à la kalokagathia. La pensée socratique lui permet d’y distinguer l’âme du corps depuis Platon et Aristote. Il lui reste à s’éveiller, médiatiser et christianiser par la si humaine et incarnante triade augustinienne (substance raisonnable mentalement cultivable, âme et corps). Ficin la met au jour en la révélant socratiquement générative bien plus que seulement être accouchée lors de la Nativité, tant la divine théogenèse intratrinitaire spirant en Esprit-Saint se poursuit en la famille humaine comme République domestique préparant à la République proprement dite. S’éclaire pourquoi les Lois de Platon, réclamées à Ficin, permettent à Cosme de Médicis de constituer Florence en contrepouvoir de Rome et en quoi Ficin en harmonise tout le corpus de Platon (et y rattache Aristote, si prévalant à Rome) dans sa Théologie platonicienne, de l’immortalité des âmes. Doté de sa dimension sociohistorique au ressort de sa différence ontohénologique dûment explicitée avec les ontogénétiques âges ficiniens de la vie, le transcendantalisme kantien se destitue tant de sa transcendance qu’il s’approfondit en sa critique de la raison pure, si cartésienne. S’y met au jour une itérativité dubitative qui n’enveloppe la fantaisie et les sens qu’en s’avérant distincte et sous-jacente à l’itérativité pensante présumant autrement ne que les réintégrer comme ses derniers modes de pensée et n’exposer qu’à l’envers tout le rapport entre physique et métaphysique. Cette réitérativité d’inspiration ficinienne permet d’inverser cette inversion cartésienne, chez Descartes, et de mieux le relier avec Kant par qui de la métaphysique s’autonomise la physique. Jusqu’à la kantienne disposition permanente d’esprit à la métaphysique s’en révèle historiquement acquise. D’autant que, sise sur la révolution des savoirs et donc la différence ontohénologique, elle surgit de la prisca theologia ficinienne dont Steuco dégage la philosophia perennis comme vecteur de son élargissement stoïque, voire jusqu’en un Platon tant teinté d’Aristote que d’où le reprendre. La philosophie faite métaphysique devient pérenne.

Du moins, si l’âme s’éveille de sa fantaisie, la faisant tant se tourner que plonger dans le corps, pour plutôt s’en trouver impulsée du sein de son incarnation au profit de sa raison qui, en se cultivant mentalement, la conduit auprès de Dieu s’éprouvant par l’expérience d’un état d’être unitaire unique l’en ravissant. S’y révèle que Dieu est l’être un si unique qu’Il a pu, peut et pourra incessamment advenir et s’en dénommer tel. C’est scientifiquement établi et étudié tel au XXIe siècle, tant l’ancrage ficinien de la transcendance en l’immanence, ultimement de Dieu dans le cerveau s’étant constitué de maintes couches évolutivement superposées lors de son taux incessamment accru de flexion crânienne, peut dorénavant rejaillir Du cerveau à Dieu. Cependant, c’est sous condition expresse que cette expérience ne se fige avec cet advenir de Dieu en le substantifiant, voire entétifiant, comme y sont tant portées toutes les langues indo-européennes. Faute de parvenir à s’apercevoir et de s’en expériencier d’emblée lui-même tel, l’humain ne se dote de l’ultime prototype de Dieu créateur, d’où il s’aperçoit et se trouve éclairé au fur et à mesure qu’il s’y vicarialise et s’y aperçoit en miroir comme s’y trouvant à et même en son image, qu’en risquant tant d’en figer l’incessant advenir que de se le voiler à lui-même par son propre substantifiant type de langage. De là, ne plus s’éveiller de sa fantaisie et ne veiller qu’à la maîtriser en son si inconscient flux d’images fait tant s’y dichotomiser, hiérarchiser et opposer d’humain à animal, dès sur Terre et jusqu’au Ciel, que s’occulter et se refouler en même temps que se projeter en la chimère tycho-brahéenne, puis cartésienne, au point de la substituer à la cosmique révolution ficino-copernicienne, pourtant seule au ressort du courant moderne galiléo-képlo-newtonien dont peut surgir jusqu’à la gravité quantique. En effet, comme il fait glisser et fige l’énoncé exodique de Dieu en l’âme « par laquelle je suis ce que je suis », l’ego pensant cartésien fait reposer et se juxtaposer de force tout ce qu’il considère tout au contraire se disjoindre autant de l’âme (dite substance pensante) au corps (dit substance étendue) que jusqu’en tout corps entre ses parties et parmi les corps, fussent-ils les plus vivants, comme s’ils étaient eux aussi mécaniques (à la façon d’une sorte de roulement à billes), au point d’identifier sa fable d’un monde plein au système cosmique ptoléméen se réintégrant le système ficino-copernicien chez Tycho-Brahe. Bref, faute de la ficinienne forge éminemment sociale du sens de soi s’inscrivant en un système ficino-copernicien du monde en voie d’être héliocentré, n’en subsiste qu’un tel ego de tendance egocentrique appelant un semblable système tycho-brahéen et cartésien du monde. Tel Dieu n’advient, a fortiori si son incessant advenir se fige, qu’avec tel humain, non plus tant humaniste qu’anthropique (et porté au corps-cadavre), en tel monde, non plus tant temporellement unifié que dyschroniquement juxtaposant en son évolution.

Seule une étude philologiquement contextualisée et problématisée, autant du dantesque langage de la vie sociale ordinaire alors ficinisée que de l’exégèse biblique correspondante, permet de bien cerner cet incessant advenir de Dieu. Et a fortiori son dérapage, dès que se figeant et s’occultant en sa genèse au ressort de tout ordre, si pur soit-il, a fortiori du fantasme occidental d’un incessant Nouvel Ordre Mondial autant géopolitique que cosmique, de Pic de la Mirandole et Descartes jusqu’au XXIe siècle. Du Zoroastre ficinien célébrant la Nativité au Zarathustra nietzschéen clamant la mort de Dieu, même mourir est se tarir (et donc ne plus naître) bien avant que périr, surtout si pour y remonter en sens inverse au point de renaître, voire autant concevoir que retracer sociohistoriquement la Renaissance. De tel Zoroastre émerge jusqu’à tel Dieu, ne serait-ce que le mort saisissant le vif, certes, mais uniquement tant que ne rétablissant pas le vif, dès sa Nativité (donc aussi la femme y donnant lieu et la famille s’y trouvant en cause) à honorer telle(s), jusqu’en sa mort. De Ficin au XXIe siècle, le syncrétisme pagano-chrétien se fait processuel métissage : de son constat, via son refoulement (faisant que ses termes se dichotomisent et s’excluent mutuellement, mais en cherchant à s’imposer l’un à l’autre), à sa résurgence. Le tout se fait cycle débordant jusqu’à l’éternel retour et s’apercevant se l’intégrer comme exigence de s’en périodiser, mais historiquement, et de s’en réviser en son soi-disant pur chronologique progrès linéaire. Ce dernier est autrement inconscient et ignare de ce qui le troue et l’en fait se répéter plutôt que s’éveiller et se rappeler, au sens augustino-ficinien d’une mémoire source d’intelligence et de volonté pour en être tremplin de l’unitrinitarité de Dieu, mais depuis l’humaine triade corps, âme et raison mentalement cultivable. Sa Renaissance tant se retrace que se révèle aptitude à incessamment renaître depuis, non seulement sa source grecque, comme chez Heidegger, mais sa source gréco-romaine sur arrière-fond perse à travers lequel s’en trouver médiatisé, dès son paganisme, et ce, jusqu’en tout son conjoint déploiement monothéiste, dès qu’aperçu hébro-judéo-chaldéo-chrétien, a fortiori islamique. Une telle Renaissance s’illustre d’Europe en Amérique avec lequel forger ledit Occident et d’où irradier. Est-ce en contribuant d’autant mieux au devenir planétaire que s’en problématisant dès ses Prémices Renaissantes d’une Modernité fort découplée, qui lui revient tant de son sein ET dudit Orient que s’en révèle ainsi processuellement métissante ?

Voir https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/de-quel-zoroastre-a-quel-dieu/77398

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